Enfant, les premières promenades que j'ai faites ont commencé à deux pas de la Place publique du Vieux Saint-Jean d'où la Marche de la Mémoire partira le dimanche 25 mai prochain. La main de mon père et celle de ma mère m'entraînaient sur la rue Saint-Paul, depuis la rue Laurier jusqu'aux écluses qui s'ouvraient sur le rêve. Plus tard, bonheur inaltérable, nous continuions sur le chemin de halage, entre la rivière et le canal, jusqu'aux rapides, jusqu'aux « pêches à Thuot » qui grouillaient d'anguilles. Depuis, le chemin parcouru dans ce quartier de la ville ou sur la bande du canal me semble toujours trop court. Le temps aussi.
Aujourd'hui, maman ne sait plus marcher, ne sait plus rien reconnaître de la rue Saint-Paul ou de la rivière. Devant elle, les écluses restent ouvertes sur l'oubli. Elle a perdu tous les beaux souvenirs semés ici. C'est pour elle que je marcherai le 25 mai et que je vous demande de m'accompagner. Pour elle et pour les autres que vous pouvez nommer, pour les mains tenues et pour celles qui tiennent, pour les premières qui ont besoin de présence constante et pour les secondes qui ont besoin d'un peu de répit.